D’un agaçant questionneur d’une ordinaire banalité

Publié le par Karin T

« Dirais-tu que je suis plutôt banal ou plutôt ordinaire ? ».
Que celui, ou celle, qui a déjà été soumis(e) à une telle question lève la main. Que celui, ou celle, capable d’y répondre sans faiblir agite un doigt de ladite main. Mais ne soyons pas trop prompt à déclarer forfait et tentons, dans un élan scientifique, d’apporter satisfaction à l’insolent questionneur.Rodin.jpg
Banal  ou ordinaire ? Notons que le questionneur place d’emblée un salvateur « plutôt », s’excluant de fait d’une banalité ou ordinarité – permettons-nous de créer un substantif pour l’occasion – par trop criante. Le questionneur est retors, le questionneur nous donne du fil à retordre, le questionneur file déjà un mauvais coton.

Alors, banal ou ordinaire ? insiste le fieffé questionneur, qui sent bien qu’on botte en touche avec nos circonvolutions.
Ah le questionneur nous pousse dans nos derniers retranchements. Très bien, mécréant, voyons ce que rétorquerait Robert face à tant d’effronterie : « Banalité : caractère de ce qui est banal, platitude » ; « Ordinaire : qui est conforme à l’ordre des choses, à l’usage courant ». Merci Robert, nous pouvons désormais battre en toute quiétude le pavé de la pensée philosophique – néanmoins, laissons Platon régir de plus noble tâches.

Questionneur, si tu étais banal, soit dénué de tout relief, tu n’aurais jamais poussé la porte des questions embarrassantes, mais ça, petit filou, tu le sais déjà, certitude incluse dans le « plutôt » qui rythme ta requête. Questionneur, si tu étais ordinaire, soit conforme à la norme, tu n’aurais… et bien sache que l’heure de la confrontation à la cruelle vérité a sonné. En espérant nous piéger avec cette demande énoncée le sourire en coin et l’œil frisant d’espièglerie à peine retenue, tu te gaussais déjà de ta supposée a-normalité contenue dans
le contenant même de ta question. Hélas, hélas, quelqu’un doit bien se dévouer pour t’annoncer qu’avec une telle pratique, tu sautes à pieds joints dans un océan de normalité, celle de la croyance toute ordinaire d’un Moi supérieur au Eux des petites gens vaquant bêtement à de banales occupations, quand certains – nous parlons de toi questionneur, oui, toi – s’interrogent sur le devenir de leur tréfonds.

Pour résumer : ordinaire, assurément. Mais la route de l’ordinarité n’est-elle pas jalonnée de bornes de banalité ? Méfie-toi questionneur, même ta malice ne saurait te protéger d’un banal accident, au détour d’un ordinaire excès de vitesse.

Une autre question ?

                                             Fermons la parenthèse avec un croissant au beurre... ou ordinaire.

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Publié dans Pensée

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