Encombrante nostalgie

Publié le par Mehdi T

Nouvellement équipé(e)s pour accompagner nos déambulations quotidiennes, les baladeurs(euses) que nous sommes faisons corps avec l’objet qui assouvit nos convoitises musicales. L’objet en question (le baladeur), de plus en plus discret depuis la compression extrême rendue possible par le mode mp3, offre une appréciable liberté dans nos mouvements les plus improvisés et nos gestes les plus… tectoniques.

gramophonelune.JPGJadis, les musiques qui nous transportaient et que nous ne nous lassions pas de réécouter étaient creusées dans un sillon de vinyle ou codifiées sur une bande magnétique. Du gramophone, avec son pavillon floral, à la chaîne Hi-fi architectonique, l’écoute mélomane avait son autel de poids. De support en support la matérialisation de ce que nous écoutons s’est trouvée opacifiée, comprimée par les nouvelles micro-technologies. Les photographies subissent un traitement analogue de compression et de dématérialisation. Nous gagnons de la place si bien que la capacité d’accumulation (de stockage) de sons et d’images obtenue devient quasi incommensurable. Ce qui fait que l’appréciation de chaque moment enregistré se noie dans la masse qui, paradoxalement, ne fait aucun poids, aucun volume… Est-ce à dire que cette vacuité matérielle et spatiale se retrouve dans l’enthousiasme que nous croyions indivisible et qui se dilue ou qui se perd face à tant de pistes ? Toujours est-il que c’est à présent la musique que nous transportons. Nous transporte-t-elle toujours autant ?

Quelle place est maintenant laissée à la contemplation ? Nous surfons fébrilement sur le patchwork confectionné par le hasard de l’humeur ou de l’envie, du désir de l’instant et presque toujours relié à un écran. Les instants, les notes et leurs attraits sont personnalisés, compilés et peuvent, à tout moment, être réorganisés. Le spectacle du défilement du temps, l’accumulation des données, le survol des lieux de lien en lien fournissent l’illusion d’une adhésion contemplative et un semblant d’érudition par l’hypertexte. C’est bien pourtant par le biais de cette démultiplication des choix que notre libre arbitre peut être le mieux mis à l’épreuve.

A quoi bon alors s’encombrer de questionnements empreints de nostalgie ?

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Publié dans Pensée

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