Quand le ciel coule de source
A 58 km de Florence, 48 km de Sienne, le village de San Gimignano, suspendu à l’heure d’hiver dans la campagne toscane, appartient à ces lieux baignés de douceur, rythmés par la lenteur des journées qui s'étirent vers l'été.
Les maisons s’amoncellent et gravitent sur les flancs d’une colline plus haute que ses proches voisines. Les arbres d’hiver ne retiennent aucune lumière sous un ciel bleu de Sienne où traînent les nuages isolés et sans ombre. Les tours de pierre, perchées encore plus haut, culminent aussi figées que le vent. Une lumière printanière balaye le paysage environnant. Le village est désert. Quelques touristes égarés, en cette hors saison, déambulent dans les rues profondes et froides comme des puits.
On imagine très bien ces lieux comme autant de couloirs de fraîcheur l’été. Et la cohue, les rumeurs des estivants nous parviennent sans nous atteindre. Car pour l’heure ce sont des chants d’oiseaux qui emplissent le cadre… les yeux fermés, à peine caressés par les timides élans du vent. Se mouvoir parmi les silhouettes endormies des arbres, des murs aussi aveugles que muets et des habitations, donne corps à nos flottements empreints d'ubiquité. Tout devient accessible avec la légèreté pour alibi.
Au hasard de ma ballade, je lève les yeux et suis saisi par ce que je vois : deux bandes bleues qui descendent du ciel. Il s’agit prosaïquement de tapis de couloirs d’hôtel s’égouttant et séchant au soleil. Un moment d’égarement métaphorique, c’est l’image du ciel avec sa lourde et improbable matérialité qui m’apparaît. Deux bouts de ciel qui se laissent glisser le long des façades… Logique, puisqu’il n’y a pas d’ascenseur dans ce petit coin de paradis.
Le temps qu'il fait et le temps qui passe ne font qu'un quand l'écoulement du ciel remplace l'écoulement des heures et que le beau fixe ces instants figés.