Un point c'est tout ?
Chronique écossaise
Parmi les motivations qui animent les voyageurs pour entreprendre leur itinéraire j'ai relevé une destination, un terminus indiscutable sur le plafond des Highlands. C'est un coin d'Ecosse, une page encornée sur le guide, qui pourrait à elle seule fournir l'alibi. John O'Groats pointe à l'angle de la terre, bien plus haut que l'Angleterre septentrionale. Une côte coupée net, rivée vers les îles Shetland... Particularité cartographique ou excentricité topographique ? Ce lieu reste une attraction touristique, non pas pour son histoire mais bien pour sa géographie.
Un Québécois, que j'ai rencontré dans le train entre Wick et Inverness, venait d'accomplir le trajet qui mène et se limite à ce point de convergence borné sur le bord nord-est dans le comté de Caithness. Il n'avait dès lors qu'un objectif : atteindre en fin de journée Land's End, situé sur l'extrême pointe sud ouest des Cornouailles. Une façon comme une autre de joindre les deux bouts. De John O'Groats à Land's End - 874 miles à vol de mouette - on trace la diagonale la plus étirée de Grande Bretagne ; et le voyage s'inscrit entre ces deux points qui résument en un trait la géométrie de nos pérégrinations. Une expérience qu'on se représente aisément sur une carte. Un tracé qui occulte les écarts pour nous raconter un voyage linéaire. C'est de l'abstraction pure qui ne nous dit rien sur le vécu concret parce que nous faisons précisément abstraction du reste (pour rester vague), des autres points (pour être plus pointilleux). Quelle attention accorder justement à tous ces points intermédiaires qui tissent la constellation des chemins de traverse ?
La veille, j'avais bien failli poursuivre mon chemin vers John O'Groats. Mais j'ai bifurqué, peut-être pour arrondir les angles. Il n'y a pas grand chose à voir, juste un point à atteindre.
Quelques jours plus tard j'étais au pied du Ben Nevis, à 4406 pieds le point culminant sur l'île britannique. Un matin je me suis hasardé dans son ascension. Mais, à mesure que je montais et que les nuages gommaient toute perspective - pas de sommet en vue, qu'une pente sillonnant différents flancs -, je renonçai à aller plus haut. Au niveau d'une cascade (falls en anglais) je suis redescendu.
Dans le Pays de Galle, le Snowdon culmine à 3560 pieds et se dresse au loin pour moi comme un nouveau point à atteindre que je n'atteindrai résolument pas. Car ce qui m'attire en définitive, c'est le point de vue et non le point de but.
Un Québécois, que j'ai rencontré dans le train entre Wick et Inverness, venait d'accomplir le trajet qui mène et se limite à ce point de convergence borné sur le bord nord-est dans le comté de Caithness. Il n'avait dès lors qu'un objectif : atteindre en fin de journée Land's End, situé sur l'extrême pointe sud ouest des Cornouailles. Une façon comme une autre de joindre les deux bouts. De John O'Groats à Land's End - 874 miles à vol de mouette - on trace la diagonale la plus étirée de Grande Bretagne ; et le voyage s'inscrit entre ces deux points qui résument en un trait la géométrie de nos pérégrinations. Une expérience qu'on se représente aisément sur une carte. Un tracé qui occulte les écarts pour nous raconter un voyage linéaire. C'est de l'abstraction pure qui ne nous dit rien sur le vécu concret parce que nous faisons précisément abstraction du reste (pour rester vague), des autres points (pour être plus pointilleux). Quelle attention accorder justement à tous ces points intermédiaires qui tissent la constellation des chemins de traverse ?
La veille, j'avais bien failli poursuivre mon chemin vers John O'Groats. Mais j'ai bifurqué, peut-être pour arrondir les angles. Il n'y a pas grand chose à voir, juste un point à atteindre.
Quelques jours plus tard j'étais au pied du Ben Nevis, à 4406 pieds le point culminant sur l'île britannique. Un matin je me suis hasardé dans son ascension. Mais, à mesure que je montais et que les nuages gommaient toute perspective - pas de sommet en vue, qu'une pente sillonnant différents flancs -, je renonçai à aller plus haut. Au niveau d'une cascade (falls en anglais) je suis redescendu.
Dans le Pays de Galle, le Snowdon culmine à 3560 pieds et se dresse au loin pour moi comme un nouveau point à atteindre que je n'atteindrai résolument pas. Car ce qui m'attire en définitive, c'est le point de vue et non le point de but.
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