Chaque chose à sa place
Chronique chilienne
Qu'est-ce qui définit, qualifie ou désigne le désert ? Une vaste étendue inhabitée ? Une région inhospitalière ? Dépourvue d'eau ?
Un milieu désolé, vide, sans rien ? Tous ces qualificatifs sont in-
justes et réducteurs. Parce qu'il est vain de délimiter un espace où
les raccourcis se révèlent être des mirages. Le désert
se décline à l'infini selon d'inquantifiables points
de vue. Ce qui autorise toutes les projections
de nos états d'âme : la détresse, l'ivresse
ou la contemplation d'un esprit vagabond.
Le désert est l'expression d'un vide,
celui que nous parvenons
difficilement à faire en
nous. La matéri-
alisation
de
notre
goût pour
l'abstraction.
Un environnement
épuré où l'absence est
une aberration, une plénitude
à travers l'exaltation de chaque chose
présente. Ici la solitude n'est plus, comme en
ville, une expérience de l'exclusion mais bien un
sentiment d'inclusion, la révélation de faire partie d'un tout
Notre passage s'inscrit parmi tous ces corps insoupçonnables :
grains de sable, poussières, particules donnent forme aux balises
que les vents tamisent, éparpillent avec une conscience accrue de la
démesure.
Mesurer l'espace avec du vent... Survoler ces peuplades minuscules, minérales de cette humble immensité où les horizons nous paraissent si proches par leur faculté à communier avec la sérénité de l'écrasante douceur, l'étouffante fraîcheur, l'inquiétante splendeur du désert.
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