Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 17:51

Devant les tableaux de James Ensor nous sommes d’abord fascinés par le foisonnement des couleurs, le crépitement de la lumière au rayonnement souvent mystique. Car la peinture a été appliquée pour rendre une dimension matérielle à la représentation de l’artiste (celle qu’il se fait du monde aussi bien que celle qu’il révèle au monde). Le tableau n’est déjà plus une trouée à travers le mur, une fenêtre illusoire ouverte sur des perspectives chimériques. La toile est redevenue le support privilégié sur lequel le peintre rend compte de sa sensibilité, de sa représentation subjective d’une réalité parmi d’autres. Une des réalités qui intéressent James Ensor est celle qui recouvre justement la réalité au point de nous tromper dans notre appréhension des choses et des êtres. Les mensonges, les apparences sont pour cela saisis avec leur fard, leur coquille, trahis en somme par la matérialité de leur trahison. La représentation formule une dénonciation du prestige montré, monté, comme authenticité admirable : une fois le dupeur pris en flagrant délit de duperie, plus personne n’est dupe. De la même manière le masque est là pour démasquer. Les sourires figés n’expriment assurément plus la joie mais davantage la fausse joie et par extension la fausseté dans ces éclats qui tendent à articuler une mascarade. La peinture est matière et ne nous trompe pas, en ce qu'elle ne prétend pas incarner autre chose. Elle attrape la lumière, nous la renvoie sans nous conduire plus loin à travers la surface de la toile tendue. Une toile tendue non plus comme un piège mais comme un réceptacle où les couleurs ont glissé, se sont heurtées; peut-être aussi pour laisser glisser de nouveaux sens, et nous heurter par une conception amer de la société. L’honnêteté de James s’en sort grandie. Et lorsque le visage ne se cache plus derrière un masque c’est pour révéler une face décharnée, un squelette, le seul visage qui reste à l’épreuve du temps et des vanités qu’il a supporté sous une chaire éphémère.

 

Illustration: Les masques scandalisés, 1883. Dans ce tableau, James Ensor laisse entrouvrir une porte d'incertitudes: qui porte le masque ? Qui porte la culotte ? Quelles expressions résident sous ces visages fermés ?

Par Nous - Publié dans : Art
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