Lundi 15 septembre 2008 1 15 /09 /Sep /2008 12:01

Septembre 2005.

Afin de présenter un musée déjà moribond, et d’évoquer l’étroit lien unissant l’art et le sport, je m’envole d’un Paris blafard, fuyant un quotidien malgré tout amer.

Quelques heures dans les étoiles auprès d’une lune voilée, survolant les tempêtes et les orages… Puis, au détour d’une aile, dans la nuit la plus noire, l’antique cité m’apparaît. Athènes est là, brillante de feux de joies et de lanternes nocturnes.

 Mon nom sur une pancarte m’arrache un sourire. Un comité d’accueil, un brin d’asphalte, et voici l’enceinte royale et hautement sécurisée d’un Palace verdoyant. Une « petite chambre », aussi grande que mon appartement de banlieue, m’est réservée pour trois jours et deux nuits. Malgré l’obscurité, je devine la mer à mes pieds.

Au matin commencent les réjouissances. J’installe une exposition de voyage et prépare mon texte. Attablé en terrasse, j’écris, relis et modifie. Seul compagnon dans cette brise tiède, un chat m’effleure et s’allonge sur le fauteuil voisin. Quelques groupes passent sans me voir…

Au programme de cette conférence européenne figurent de nombreuses interventions. Souvent scientifiques, parfois graves, les sujets s’enchaînent sur trois jours. « Le dopage et la santé », « la reconversion des athlètes de haut niveau », « la violence dans et autour du sport », « l’obésité et l’éducation par l’activité physique »… Que du léger !

Finlandais, Italiens, Grecs, Russes… Au fond de la salle, les traducteurs ne chôment pas. Ministère de la culture et des sports grecs, ministère de l’Intérieur autrichien, Unesco… et moi.
Ce que je fais là ? La question reste posée.

Une vaste cérémonie guindée précède le dîner. Ma plus belle cravate devait m’aider à me fondre dans la foule. Raté ! J’étonne et détone. Mon costume peut-être ? Mon âge sans doute ! A plusieurs reprises, des coupes de champagne et différentes liqueurs me sont commandées. Ils insistent… Je signe : « Non, je ne travaille pas pour l’hôtel ! »

Alors, las de cette comédie intello-culturelle, je m’éloigne. A mi-chemin de Lost in translation et The Party, quelque part en zone libre, j’erre entre la plage et l’hôtel… Ici un piano aux notes évasives et légères, là une piscine claire qui se noye dans la mer. Loin de tout, dans cette bulle physique et temporelle, j’oublie Paris quelques heures et je respire. Ma retraite est un luxe aux frais de la Princesse, c’est vrai. Alors je savoure ma solitude ailleurs.

Le lendemain est une autre chanson. Un air pétrifiant qui n’est pas sans m’évoquer Chopin et sa triste marche. Le jour du pupitre. La pression monte d’autant plus vite que j’apprends la présence de certaines personnalités de la politique européenne. Je tremble comme une feuille, mais je n’ai pas le choix.

Arrive l’instant critique. Après un faux départ flirtant avec le ridicule, je me dresse face à la foule silencieuse. Je me présente… L’écho me renvoi mes propos en cinq langues. J’annonce mon sujet… Les visages se détendent, quelques sourires se dessinent. C’est parti ! Je présente le musée et ses expositions, termine par l’éclairage d’une œuvre spécifique. Le courant passe, je le sens. J’aime ce tableau et le public découvre ses secrets lors de cette calme récréation. Tout se déroule à merveilles.

Mais je n’ai guère le temps de m’en féliciter. Très vite, mon avion décolle et je retrouve un Paris déjà moins blafard.


Par Micha - Publié dans : Voyages
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